À l’occasion de son quatrième Forum ESG qui se tenait le 27 novembre dernier, Lazard Frères Gestion recevait François Jackow, Directeur général d’Air Liquide. Une occasion unique d’en savoir plus sur la manière dont la société décarbone ses activités, mais aussi celles de ses clients.
Avec presque 100 milliards d’euros de capitalisation boursière, elle est en ce début d’année la 9ème plus grande société du CAC 40. Son nom, « Air Liquide », est connu de nombreux Français, et pas seulement de ses 800 000 actionnaires individuels qui détiennent 34% de son capital, un niveau sans équivalent parmi les sociétés de l’indice parisien.
Créée en 1902 et introduite à la Bourse de Paris en 1913, « L’Air Liquide », selon sa dénomination d’alors, est pourtant partie de peu de choses. À l’origine : une innovation du physicien et chimiste Georges Claude permettant de séparer les principaux constituants de l’air par un procédé de liquéfaction, et son association avec un camarade de promotion, Paul Delorme, pour envisager une exploitation à grande échelle. « Nous aussi on a été une startup ; nous aussi on a commencé dans notre garage ! » commentait ainsi avec humour François Jackow en introduction de son propos. Le succès ne s’est pas fait attendre : dès les premières années de son existence, la société a ouvert des bureaux à l’international en devenant dès les années 1920 l’une des valeurs phares de la cote parisienne.
Deux grands piliers : l’industrie et la santé
De nos jours, la société est divisée en deux grands pôles : industrie et santé. La santé représente 15% à 20% de son activité, avec la vente essentiellement d’oxygène aux hôpitaux ainsi qu’un pôle dédié à la santé à domicile. « Nous produisons notamment de l’oxygène médical, qui a été en première ligne lors de la crise du Covid-19 » rappelait François Jackow.
Le principal débouché du groupe reste l’industrie. « Nous servons l’ensemble des secteurs industriels, d’une façon ou d’une autre. Dans pratiquement tous les objets que vous avez avec vous, dans vos poches, vos téléphones, vous avez du "Air Liquide", et c’est ce qui fait aussi notre force » expliquait le directeur général de la société. L’une des raisons de cette omniprésence ? « Dans l’électronique, nous sommes n°1 dans la fourniture de gaz ultra purs, de gaz spéciaux et de molécules avancées pour les semi-conducteurs », qui se retrouvent dans tous les smartphones. On notera à ce sujet qu’Air Liquide bénéficie également de l’actuel engouement pour l’intelligence artificielle qui a tiré à la hausse les besoins en matière de puissance de calcul, et donc la demande de puces électroniques.
Un enjeu majeur : décarboner l’industrie
Bien d’autres secteurs industriels font également appel aux services d’Air Liquide. Ce spectre a d’ailleurs continué de s’élargir au cours des dernières années. Et pour cause : Air Liquide propose à ses clients des solutions pour réduire leur empreinte carbone, un enjeu devenu fondamental pour de nombreuses industries dans le cadre de leur transition énergétique.
À titre d’exemple, Air Liquide et la société Cementir Holding ont annoncé en octobre dernier un partenariat pour qu’Air Liquide capte, purifie et liquéfie environ 95% du CO2 émis par une importante cimenterie située au Danemark. Ce type de projet fait désormais partie des nouvelles opportunités d’Air Liquide, en lien direct avec ses solutions de décarbonation.
Autre exemple cité par François Jackow : l’accompagnement de TotalEnergies dans la reconversion de sa raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) en usine de biocarburant. Dans ce cadre, Air Liquide apporte son savoir-faire pour produire de l’hydrogène à partir de biomasse, tout en récupérant les rejets de CO2 biogénique à l’issue du processus pour le revendre in fine aux clients de l’« Industriel Marchand », en l’occurrence au secteur de l’agro-alimentaire pour la production de boissons gazeuses. À l’arrivée : un schéma d’économie circulaire, illustrant la capacité d’Air Liquide à créer des synergies entre des univers parfois très différents, disposant de besoins complémentaires.
Le sujet de l’hydrogène constitue d’ailleurs l’un des enjeux majeurs sur lesquels Air Liquide travaille pour répondre à ses propres besoins de décarbonation. La société est en effet un important producteur d’hydrogène, nécessitant historiquement d’avoir recours à la technique industrielle du vaporeformage, fortement émettrice de CO2. L’enjeu est désormais de s’éloigner de cette technique pour la remplacer par l’électrolyse de l’eau, procédé certes gourmand en énergie mais neutre en carbone si l’énergie utilisée est elle-même d’origine renouvelable. « Désormais, on peut créer de l’hydrogène à 100% d’origine renouvelable » soulignait François Jackow.
Depuis 2021, la société s’est ainsi fixé pour objectif de réduire son empreinte carbone en valeur absolue dès 2025, puis de la faire diminuer d’un tiers à horizon 2035, avant d’atteindre la neutralité à horizon 2050.
Une production locale pour un usage local
Autre sujet d’importance pour Air Liquide, également lié à l’ESG : la question de la production locale. Le sujet se pose notamment aux Etats-Unis, où le CHIPS Act de 2022 vise à relocaliser aux Etats-Unis la production de semi-conducteurs, et où le retour de Donald Trump pourrait se traduire par l’adoption de droits de douane pour les sociétés exportant leurs marchandises vers les Etats-Unis.
En ce sens, Air Liquide bénéficie d’un temps d’avance. La société est en effet implantée de longue date aux Etats-Unis, où elle réalise plus d’un tiers de son chiffre d’affaires, contre 37% en Europe et 20% en Asie. Pour cette raison, « Nous ne craignons pas la hausse des tarifs douaniers, expliquait François Jackow, car nous avons des productions locales, qui ne voyagent pas. Nous sommes donc bien placés pour naviguer dans les eaux troubles actuelles ».
Croissance, résilience, performance
Tel un slogan, l’intervention du directeur général d’Air Liquide se terminait par ces trois mots : croissance, résilience, performance. Côté croissance, on retiendra d’un point de vue d’investisseurs la trajectoire du résultat net de la société qui, depuis 2000, a progressé chaque année à l’exception d’un seul exercice (2018). Côté résilience, on retiendra la faible cyclicité de l’entreprise, en raison notamment de contrats de long terme indexés sur l’inflation, ayant notamment permis à Air Liquide de poursuivre sa dynamique sans encombre en 2022 et 2023.
La performance est quant à elle principalement boursière : même si la société a perdu 2% en 2024, sa trajectoire depuis 40 ans reste l’une des plus régulières de la cote. Depuis le 1er janvier 2000, soit en l’espace de 25 ans, son cours de bourse a tout simplement été multiplié par 10. À ceci s’ajoute le versement annuel du dividende. On appréciera donc la « capacité de la société à délivrer une performance régulière et soutenue dans la durée » pour reprendre les termes de François Jackow, qui terminait son intervention sur ces quelques mots : « Cette performance, il faut la gagner chaque jour et nous y sommes particulièrement attachés ».
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les analyses et/ou descriptions contenues dans ce document ne sauraient être interprétées comme des conseils ou recommandations de la part de Lazard Frères Gestion SAS.
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L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 21 janvier 2025 et est susceptible de changer.
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