Perspectives économiques

États-Unis : résistance aux chocs

Malgré la hausse des prix de l'énergie provoquée par le conflit en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz, la croissance américaine s'est maintenue autour de 2 % depuis le début de l'année. Cette dynamique a été principalement portée par l'investissement en intelligence artificielle et par la consommation des ménages, qui restent les deux grandes forces de l'économie. En revanche, des secteurs cycliques comme l'investissement résidentiel subissent toujours la pression des taux élevés.

 

Plusieurs points de vigilance méritent d'être surveillés. D'une part, le supercycle d'investissement associé à l'IA est exceptionnel et va logiquement se normaliser. Si les plans d'investissement des hyperscalers ont été revus en forte hausse, une part notable de ces révisions s'explique par des effets prix, liés à la pénurie de composants. La contribution de ces investissements à la croissance en volume risque de ralentir.

 

D'autre part, l'inflation reste un vrai problème, non seulement pour la Fed, mais aussi pour les ménages, dont les revenus réels ne progressent plus. En conséquence, la consommation s'est appuyée sur une forte baisse du taux d'épargne et, sur les deux dernières années, des effets richesse favorables pour les ménages les plus aidés. Or, la baisse du taux d'épargne a ses limites.

 

La bonne nouvelle est que le marché du travail américain donne des signes de reprise. La croissance des salaires reste faible mais les créations d'emplois sont reparties à la hausse après une période où celles-ci ont déçu. On observe également dans les enquêtes une augmentation des intentions d'embauche des entreprises. Si l'amélioration se confirme, cela devrait aider la consommation des ménages.

 

Sur le plan politique, les élections de mi-mandat de début novembre s'annoncent difficiles pour les Républicains, un basculement de la Chambre étant largement anticipé et la probabilité d'un basculement du Sénat en hausse, le coût de la vie restant un sujet majeur de préoccupation des électeurs. Un Congrès plus divisé augmenterait le risque d'une nouvelle crise du plafond de la dette dès l'année prochaine.

Zone euro : bonne tenue de l'activité

La zone euro a également fait preuve de résistance face au choc énergétique. Si on exclut l'Irlande, où les données sont déformées par les activités comptables des multinationales, la croissance s'est maintenue à +1,2 % sur les deux premiers trimestres de l'année, grâce aux exportations et à la consommation des ménages. Cela constitue une bonne performance à l'échelle de l'Europe.

 

Les sources d'optimisme ne manquent pas. Le dynamisme de l'économie espagnole ne se dément pas et le marché du travail continue de s'améliorer dans plusieurs pays du Sud. Par ailleurs, l'Allemagne redevient l'un des moteurs du continent. Les données d'exécution budgétaire confirment la montée en charge du plan de relance, et cette dynamique se traduit par une amélioration des commandes industrielles, ce qui soutient la confiance des entreprises.

 

Évidemment, la zone euro n'est pas à l'abri des incertitudes. La situation en France reste particulièrement compliquée. La campagne électorale ne fait que débuter mais les enjeux budgétaires sont importants. À politique inchangée, les projections du rapport de la Mission sur la transparence des finances publiques, publiées en juillet dernier, indiquent que le déficit budgétaire atteindrait 6,8 % du PIB en 2030, alors que la dette publique dépasserait 130 % du PIB.

 

De plus, la hausse des prix des hydrocarbures continue de générer des tensions inflationnistes. La situation reste toutefois très différente de celle qui prévalait en 2021 2022 (consommation de gaz de l'UE en baisse de 20 % depuis 2021, afflux de GNL, hiver plus chaud que d'habitude attendu) et on observe jusqu'à présent peu de signes d'une transmission durable du choc aux salaires et aux autres prix. Cela dit, plus le temps passe, plus les risques augmentent. 

Asie : une dynamique contrastée

Depuis le début de l'année, la Corée et Taïwan profitent pleinement du boom des investissements en intelligence artificielle, avec une croissance hors norme à Taïwan, à plus de 12 %. Ces investissements viennent alimenter leurs exportations, qui représentent un poids important dans leur économie (autour de 70 % à Taïwan et 45 % en Corée).

 

L'économie japonaise a enregistré un premier semestre en demi-teinte, avec une croissance de 1,1 % à la mi année. Cependant, les enquêtes de confiance indiquent un rebond de l'activité économique. Par ailleurs, les salaires continuent de progresser à un rythme soutenu, un élément positif pour la consommation des ménages et la poursuite de la sortie de déflation.

 

La situation en Chine est plus contrastée. La croissance reste située entre 4 et 5 % mais la dynamique n'est pas bonne. La crise immobilière n'est pas terminée, et la demande domestique s'en ressent. En revanche, les exportations et le secteur technologique sont particulièrement dynamiques. La politique budgétaire devrait toutefois apporter un soutien à la demande sur le reste de l'année, sa mise en oeuvre ayant pris du retard sur le calendrier prévu.

Perspectives financières

Marchés obligataires : des taux attractifs

Depuis le début de l'année, les taux longs sont en forte hausse, revenant sur les niveaux d'avant 2008 dans les principales économies. Le mouvement reflète principalement l’augmentation des taux courts, et donc les anticipations de politiques monétaires, la hausse des prix de l'énergie alimentant les craintes sur l'inflation.

 

À ce stade, les anticipations de marché vis à vis des hausses de taux à venir des banques centrales nous semblent excessives au regard du caractère probablement transitoire du choc énergétique. Dans un scénario de normalisation des prix du pétrole et du gaz, ou de ralentissement économique, les banques centrales pourraient mettre un terme bien plus tôt que prévu à leur cycle de remontée des taux.

 

En conséquence, nous identifions aujourd'hui des opportunités sur la plupart des segments du marché obligataire, avec une préférence pour l'Europe et le crédit Investment Grade, c'est à dire les obligations émises par les entreprises les mieux notées. Le potentiel de compression des marges de crédit est limité, mais le portage nous semble attractif, avec des rendements à maturité qui sont aujourd'hui supérieurs à 4 % par an.

Actions : position proche de la neutralité

Les performances des marchés actions ont été très bonnes depuis le début de l'année. La dynamique a été soutenue par la forte hausse des attentes de croissance des résultats, en particulier dans le secteur de la technologie. Au-delà de l'IA, on observe également des révisions positives aux États Unis et en Europe.

 

L'amélioration en cours de l'environnement macroéconomique devrait soutenir cette tendance. Néanmoins, le contexte géopolitique nous semble justifier une certaine prudence. Globalement, nous considérons les phases de faiblesse technique comme des occasions de nous renforcer de manière sélective.

 

En matière d'allocation, nous avons une préférence pour les actions européennes, qui présentent une décote proche de 25 % par rapport au marché américain, ce qui leur permet de conserver un potentiel d'appréciation intéressant. Nous apprécions également les actions émergentes, qui connaissent à la fois une très bonne dynamique et des valorisations très raisonnables. Nous surpondérons le Japon et les petites capitalisations. Nous sommes marginalement prudents sur les actions américaines où les valorisations sont encore élevées.

Conclusion

Sur le plan macroéconomique, on observe depuis le début de l'année 2026 une grande résilience de l'économie mondiale, malgré le choc énergétique persistant. Les moteurs de cette dynamique restent en place : investissements dans l'IA et consommation des ménages aux États Unis, dynamisme de l'économie espagnole et redressement allemand en zone euro, vigueur du commerce extérieur en Asie.

 

La hausse des hydrocarbures alimente les craintes sur l'inflation, mais la situation reste très différente de celle qui prévalait en 2021 2022. Pour l'instant, on observe peu de signes d'une transmission durable du choc énergétique aux salaires et aux autres prix. À ce stade, les anticipations de marché vis à vis des hausses de taux à venir des banques centrales nous semblent excessives.

 

En matière d'allocation d'actifs, nous identifions aujourd'hui des opportunités sur la plupart des segments du marché obligataire, avec une préférence pour l'Europe et le crédit Investment Grade. Nous maintenons des positions proches de la neutralité sur les marchés actions, avec une préférence pour le marché européen.

Glossaire

Hyperscalers : Très grands fournisseurs de services de cloud et d’infrastructures numériques, notamment liés au développement de l'intelligence artificielle, disposant de capacités de calcul et de stockage à très grande échelle.

 

Mission sur la transparence des finances publiques à l’horizon 2030 : mission d’expertise française rendue publique en juillet 2026. Elle vise à établir un diagnostic partagé, documenté et lisible de la trajectoire des finances publiques françaises et à éclairer les choix nécessaires pour rétablir durablement les comptes publics.

 

Investment Grade : Obligations émises par des États ou entreprises ayant une qualité de crédit jugée solide par les agences de notation. Elles présentent généralement un risque de défaut très faible, mais un rendement plus modéré que les obligations High Yield.

 

GNL : Gaz naturel liquéfié.

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 24 septembre 2026 et est susceptible de changer.

 

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