Après près de quatre mois de guerre, les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord pour mettre fin aux hostilités et permettre une réouverture du détroit d’Ormuz. La signature officielle doit intervenir le 19 juin. Cela constitue une avancée positive pour l’économie mondiale, mais il ne s’agit que d’un accord intermédiaire ouvrant la voie à 60 jours de négociations sur les questions les plus complexes, ce qui invite à la prudence.
Les dossiers du nucléaire, des actifs iraniens gelés à l’étranger et du front Israël-Liban, pourraient s’avérer difficiles à surmonter en deux mois. La principale avancée est elle-même contestée : les États-Unis décrivent un détroit ouvert à long terme et sans péage, tandis que l'Iran le présente comme une voie navigable qu'il gère conjointement avec Oman, avec des « frais de service » simplement suspendus pendant les négociations.
Notre département de conseil géopolitique, le Lazard Geopolitical Advisory Group, identifie trois scénarios pour les prochaines semaines, le deuxième étant jugé le plus probable :
Au-delà des interrogations géopolitiques, les marchés ont rapidement intégré cet accord, avec notamment une correction marquée des prix du pétrole brut, le Brent repassant sous le seuil de 80 dollars/baril. Toutefois, la normalisation des flux physiques est un processus distinct et beaucoup plus lent, qui se mesurera sans doute en mois plutôt qu’en jours ou semaines. Il faut encore procéder au déminage du détroit d’Ormuz, remettre en place les assurances contre les risques de guerre, désengorger le détroit des navires en attente et redémarrer la production. Les marchés physiques pourraient donc rester sous tension, même si le cadre d'accord tient.
La hausse des prix du pétrole continue de se répercuter sur l’inflation américaine. Les prix à la consommation affichaient en mai une hausse de 4,2% sur un an, contre 2,4% avant le début de la guerre en Iran, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis avril 2023. La hausse des prix hors énergie et alimentation (2,9%) est plus modérée, mais toujours nettement au-dessus de l’objectif de la Fed.
Pour l’instant, ce choc ne s’est pas traduit par un ralentissement de l’activité économique. La consommation des ménages est restée solide grâce à une forte baisse du taux d’épargne, et la croissance bénéficie toujours de l’impulsion historique des investissements dans l’IA. En revanche, en-dehors des secteurs directement liés à l’IA, l’investissement des entreprises se replie, tout comme l’investissement résidentiel.
Les enquêtes d’activité continuent d’envoyer des signaux positifs et le marché du travail présente des signes de réaccélération. En effet, après plus d’un an de chiffres médiocres ou négatifs, les créations d’emplois ont rebondi sur les trois derniers mois à un niveau proche de +200 000 par mois en moyenne. La santé est restée sur la période le principal contributeur aux créations d’emplois, mais le nombre de secteurs en croissance s’améliore.
Pour sa première conférence de presse, Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, a préféré ne pas dévoiler sa position sur l’évolution future du taux directeur. Il a surtout insisté sur son engagement à ramener l’inflation à la cible et sur sa volonté de repenser les pratiques habituelles de la Fed. Les 18 autres membres du comité de politique monétaire sont apparus divisés sur la question : neuf prévoient au moins une hausse, huit un statu quo et un membre envisage une baisse de taux. Cette répartition laisse toutefois transparaître un biais haussier.
Inflation (CPI) sur un an (en mai)
PMI composite (en mai)
Taux directeur de la Fed (inchangé en juin)
Créations d’emplois (en mai)
À l’image des États-Unis, les données de la zone euro mettent en évidence les effets inflationnistes du choc énergétique. Les prix à la consommation ont progressé de +3,2% sur un an en mai, contre +1,9% avant le début de la guerre. L’inflation sous-jacente est remontée à +2,6%, mais l’accélération récente semble en partie liée à des effets calendaires qui ont tiré à la hausse les prix des voyages et du transport aérien. Les données relatives au coût du travail demeurent désinflationnistes, indiquant une poursuite de la modération.
Au niveau de l’activité, la nouvelle estimation des chiffres de croissance pour le premier trimestre indique désormais une contraction contre une légère hausse auparavant. Néanmoins, hors Irlande, le PIB de la zone euro est resté sur une dynamique d’amélioration graduelle. Par ailleurs, les indicateurs d’activité ont, dans l’ensemble, bien résisté.
À l’inverse, les enquêtes ont signalé une nette détérioration de la confiance des entreprises et des ménages. Malgré la révision en hausse des PMI de mai, celles-ci sont cohérentes avec une stagnation du PIB. Il faudra surveiller que ce choc de confiance ne se transmet pas à l’emploi qui montrait déjà des signes de ralentissement avant le choc. Pour l’instant, le taux de chômage reste proche des plus bas historiques.
Malgré l’affaiblissement de l’activité économique, la BCE a relevé son taux de dépôt de 2,00% à 2,25%, sans surprise. La décision a été justifiée par des projections d’inflation plus élevées, avec une inflation sous-jacente attendue à +2,5% en 2026 et 2027, et l’anticipation d’une croissance résiliente à +0,8% cette année et +1,2% l’an prochain. Ces anticipations de croissance nous semblent assez optimistes au vu de l’évolution des enquêtes.
Inflation sur un an (en mai)
PMI composite (en mai)
Taux de dépôt de la BCE (+25 pdb en juin)
Hausse du PIB au T1 (zone euro ex-Irlande)